Non loin de Paimpont où Bianca avait prospéré avec sa boutique nommée L’ Ame de Brocéliande, vivait une jeune femme au prénom celte, Brigitte. Elle habitait une longère rénovée comprenant des pièces réservées à la cuisine ; il y avait notamment un four à l’ancienne qui permettait de cuire le pain, des pâtisseries régionales et des terrines de gibier et de volailles.
Brigitte était romancière et elle aimait exploiter le cycle arthurien et les légendes populaires pour créer des personnages et nouer des intrigues qu’elle voulait palpitantes.
Yvan de Sainte-Croix était son héros. Brigitte souhaitait lui offrir une aventure digne d’être contée le soir à la veillée. C’est pourquoi, en panne d’idées fraîches, elle prit sa canne de marche et se dirigea vers la forêt.
Près du tombeau de Merlin où elle se recueillit longtemps, admirant la vigueur du houx qui l’abritait et la prolifération de bouquets de bruyère déposés comme des offrandes par des pèlerins, un magnifique cerf Dix Cors lui apparut.
Il semblait vouloir qu’elle le suive, ce qu’elle fit bien volontiers, ce cerf faisant partie de la geste arthurienne.
Après une longue marche dans les sous-bois, ils arrivèrent dans une clairière où se trouvait une jolie chaumière entourée de rosiers en fleurs.
Le cerf disparut, laissant Brigitte activer le heurtoir ouvragé de la porte de chêne.
La porte s’ouvrit et un rayon de soleil irisa la robe bleue d’une petite fille au sourire angélique.
« Entrez, Brigitte ! Votre venue nous a été annoncée car ma nounou est médium et elle comprend le langage des animaux. On m’appelle Alice ».
Alice conduisit Brigitte dans une pièce d’apparat où une table était dressée et ornée d’un service à thé. Nounou, en costume breton et coiffe bigoudène d’une belle hauteur servit le thé qu’elle agrémenta de crêpes savoureuses, nappées de miel ou de gelée de groseilles .
La collation venait de s’ achever lorsqu’un chevalier entra :
« Hola, Dame Perrine, qu’on m’apporte une terrine de pâté, des ravioles de viande et des côtes d’agneau grillées au feu de bois !
Dame Brigitte, je vous salue et vous prie de recevoir mes hommages avec cette écharpe de soie brodée et bordée d’hermine et de roses d’or. Je suis le chevalier Yvan de Sainte Croix pour vous servir ! Portez cette écharpe pour l’amour de moi lors du prochain tournoi ».
Brigitte acquiesça en souriant et tint compagnie au chevalier qui dévorait les plats apportés par Perrine.
Notre héroïne se demandait si elle n’était pas entrée à son insu dans un livre similaire au Monde de Sophie, ce roman philosophique où évoluait une adolescente qui s’avérait être un avatar dont la mission consistait à offrir sous une forme idyllique les arcanes de la pensée.
Je me trouve certainement enfermée dans un roman de chevalerie se dit-elle et il n’est pas impossible que j’aperçoive prochainement Yvain le chevalier au lion ou Perceval le Gallois.
Elle ferma un instant les yeux et se retrouva dans la chambre de sa longère, un petit sac brodé à la main contenant une douzaine de crêpes et la fabuleuse écharpe offerte par le chevalier lors de son escapade dans la forêt.
L’aventure continue pensa-t-elle et elle s’endormit, fourbue par les péripéties de son voyage.

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