A l’orée de la forêt de Brocéliande, près d’un petit bois de hêtres centenaires, vivait une jeune fille à la longue chevelure prénommée Guillemette.
Elle partait chaque matin faire provision de bois mort qu’elle rassemblait en fagots afin d’alimenter son immense cuisinière où elle faisait mijoter de bons plats qu’elle vendait à bord de son food-truck ; elle sillonnait les routes menant aux villages isolés.
Fidèle aux traditions culinaires de la région landaise, elle préparait des garbures, des salades composées enrichies de filets de magret séché, de foie gras d’oie ou de canard, de pignons de pin, d’asperges et de cœurs d’artichauts, d’œufs de caille, le tout arrosé généreusement d’huile de noix et de jus de citron. Ce plat plaisait beaucoup car il ne nécessitait aucune cuisson et dans ces villages isolés où les coupures de courant n’étaient pas rares, il était bon de se nourrir de produits frais et gourmands.
Elle s’inspirait également des Bouillons du XIX siècle remis à la mode récemment pour rivaliser avec les chaînes américaines insolemment implantées dans notre pays : on créait des plats à l’ancienne, nourrissants et roboratifs, nécessaires à l’équilibre des ouvriers et des paysans jeunes qui travaillaient à la mise en valeur de leur terroir.
Se procurant des morceaux peu usités auprès des abattoirs, Guillemette préparait des délices gourmands tels que le pot-au-feu à l’ancienne, les langues de veau à la sauce madère, les ris de veau si délicieux qu’on les retenait, des daubes de bœuf et autres préparations dont chaque famille gardait précieusement la recette.
Guillemette avait ses habitués et l’on attendait la venue de son camion réfrigéré avec l’espoir d’obtenir, outre le nécessaire vital, les nouvelles colportées dans la région car la jeune femme vendait également des journaux locaux. Elle avait également un petit coin bibliothèque et un carré fruits et légumes où les mangues, les ananas et autres douceurs exotiques ne manquaient pas.
Un jour, Guillemette dut affronter un obstacle imprévu : un ours se dandinait sur la route ! Craignant de l’irriter ou de l’effrayer, elle fit demi-tour.
Elle signala la présence du plantigrade au maire de la commune la plus proche et déposa dans un entrepôt les plats préparés qui se perdraient de toute façon et prit le chemin du retour.

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