mercredi 18 mars 2026

Le prince Pervenche

 


Guillemette n’était pas au bout de ses surprises. Après l’ours rencontré sur la route, ce fut un prince qui se présenta sous le nom de Pervenche dans le bosquet où elle récoltait les bonheurs du jour.

Le prince l’aida à cueillir les plantes, les baies et les champignons dont elle ferait des plats savoureux et il porta le panier qui s’alourdissait au fil de la récolte.

Guillemette l’invita à l’accompagner chez elle.

«  Si vous aimez cuisiner, vous pourrez m’aider à préparer un plat ou deux. De plus, s’il y a dans votre famille une recette secrète, je suis preneuse ».

Le prince avoua son ignorance dans le domaine culinaire mais il signala qu’il aimait les plats-surprises. Il se souvint que l’une de ses tantes préparait avec art le cake d’amour de Peau d’ Ane et qu’elle y glissait une gourmandise en guimauve pour l’enchanter.

«  Voilà une excellente idée » dit Guillemette et elle se promit de faire quelques cakes en glissant un bonbon aux fruits pour le bonheur des gourmets.

Elle servit au prince un apéritif floral de sa composition avec des gâteaux de semoule et se mit promptement au travail pour le plat principal dans sa cuisine.

C’est avec plaisir que le prince Pervenche goûta les préparations culinaires de son amie, un aspic généreux, une pintade farcie aux champignons avec une écrasée de tubercules où dominait le topinambour. Le dessert, un flan au caramel lui rappela son enfance car il en raffolait et sa nourrice préparait elle-même ce splendide entremets. Il en eut les larmes aux yeux.

«  Je comprends que l’on vous attende avec impatience : votre cuisine est merveilleuse ; elle apporte du rêve » conclut-il avec conviction.

Guillemette se déclara honorée et précisa qu’elle s’était donné une mission, servir au mieux les esseulés et les oubliés de cette terre de Brocéliande où les fées semblaient avoir disparu.

« Demain, je reprendrai la route car je ne peux pas abandonner ceux qui comptent sur moi pour s’alimenter. Vous pouvez m’accompagner ou rester ici en attendant mon retour. Je vous ai préparé un buffet froid et nous ferons un bon repas à mon retour. Vous m’obligerez en étant le gardien de ma demeure : elle est modeste mais je suis connue et des brigands pourraient vouloir s’introduire pour dérober les conserves de qualité dont je me sers quotidiennement ».

Le prince accepta le service demandé avec gratitude :

«  Je serai heureux de vous être utile. J’attendrai donc votre retour en ouvrant l’œil pour ne pas être surpris par un malandrin ».

Le lendemain, Guillemette prit la route, chargée de victuailles et trésors en tout genre, contente d’avoir trouvé un gardien prestigieux qui veillerait sur son domaine.

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