Au grand dam des jeunes gens qui la courtisaient en vain depuis des années, Rosine , célèbre couturière réputée pour la qualité de ses travaux fit savoir qu’elle se mariait.
Chacun se demandait qui était l’heureux élu qui avait obtenu la main de Rosine à la fraîcheur de rose mais rien ne permit de l’identifier ?
Rosine étudia les esquisses réalisées pour composer de célèbres tableaux représentant Marie-Antoinette dans toute sa gloire puis elle remplit une malle d’objets du quotidien avant de s’embarquer pour l’ Inde.
C’est dans ce pays qu’elle pourrait se procurer les soieries dont elle avait besoin pour créer sa robe.
Elle fit de nombreuses emplettes à Madras et à Pondichéry puis elle s’installa dans un palais déserté pour réaliser le robe de ses rêves.
Le fiancé supposé n’existait pas.
Ce qui compte, pensait Rosine, c’est la création : la robe ferait venir l’élu de sa vie !
Elle se livra corps et âme au travail. Ses idées allaient d’un cap à l’autre ; romantique ou traditionnel ce qui lui permit de réaliser plusieurs robes, toutes aussi fabuleuses les unes que les autres.
Sa renommée franchit les cercles villageois et un prince se présenta un jour dans son palais de courants d’air.
Ils prirent le thé et parlèrent peu tant la situation était étrange et intemporelle.
Le prince était diplômé d’ Oxford et connaissait les poètes britanniques et indiens avec une préférence pour Rabindranath Tagore.
Il pensa que Rosine méritait d’être chantée par un poète et se jura d’écrire un texte pour célébrer sa beauté et son charme inédits.
« Rosine, lèvres cerise et corps flexible de fuchsia, tu hantes mon cœur, telle une fée soleil régnant sur le monde celtique de ta Bretagne natale.
Sois mienne en un don de fleur au parfum suave et capiteux et je te donnerai l’or et les rubis de mes ancêtres avec mon cœur ruisselant d’amour et de rêve » .
Ces strophes sur les lèvres, le prince Indir quitta le palais venteux de Rosine et lui proposa en partant son hospitalité tandis qu’il ferait restaurer sa demeure.
Rosine remercia et déclina l’offre en disant que ce palais aux mille vents était parfait pour ses créations.
« Trop de confort nuit à l’essor de la poésie et j’ai besoin d’un palais en ruine pour créer des robes de rêve » conclut-elle.
Emu par cette sagesse peu courante chez un occidental, le prince regagna son palais en emportant l’image d’une fée implantée dans son royaume.
Lorsque les robes furent terminées, Rosine reprit la mer et regagna son village, le cœur empli des émotions ressenties dans le pays fabuleux de l’ Inde aux mille saveurs.

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