jeudi 8 janvier 2026

La Daronne

 

 

 


Régnant sans partage dans son quartier, Liouba alias La Louve fut connue sous le titre de Daronne.

Une nuée d’adolescents vivait sous sa coupe. Aucun d’eux n’ avait la hardiesse de la regarder dans les yeux et chacun attendait de se voir confier une mission.

Le quartier était bien géré, le commerce allait son train et Liouba veillait à ce que l’oisiveté ne s’empare  pas de ces jeunes à la dérive.

Elle rendait des visites de courtoisie dans les familles déshéritées, laissant en partant un panier de victuailles et de linge ainsi que quelques billets permettant de faire face aux obligations du quotidien.

Lorsque ses affaires devinrent prospères, elle fit construire une école, recruta des enseignants chevronnés et mit un point d’honneur à sortir les enfants de l’ignorance.

Elle sortait rarement de son quartier, soucieuse de redonner un lustre aux bâtisses délabrées qui abritaient bon nombre de familles démunies.

Un jour, en se promenant sur le Vieux Port, elle se souvint des épisodes de sa prime jeunesse.

Elle prit place dans un restaurant coquet et commanda une bouillabaisse ; il y avait longtemps qu’elle n’avait fait un aussi bon repas.

Alors qu’elle s’apprêtait à régler sa note, un homme dont le visage ne lui était pas inconnu s’approcha d’elle : «  Mais c’est La Louve ! Dire que je vous ai tant cherchée ! Quel heureux hasard !

On m’appelle la Daronne à présent » répondit-elle.

Le peintre Stanislas Bracq mit la main sur son cœur, s’inclina et proposa à la jeune femme de visiter son atelier.

«  Le tableau que vous m’avez inspiré a obtenu un grand succès et ma cote a fait un bond prodigieux. Je vous dois ma notoriété. Que puis-je faire pour vous remercier » ?

Sans hésitation, Liouba lui demanda de créer un atelier pour les enfants :

«  Qu’ils apprennent à dessiner ! Cela leur permettra d’ouvrir les yeux sur un univers qu’ils connaissent à peine » !

Stanislas accepta la proposition.

Liouba fit appel à un architecte renommé qui conçut un Palais du Crayon. C’était un monument sphérique, spacieux et lumineux.

Lorsque l’ouvrage fut terminé, Liouba  recruta des professeurs de dessin et de peinture, Stanislas veillant au bon déroulement des cours.

«  Jadis on était fier de la cité Le Corbusier surnommée La maison du Fada mais aujourd’hui ce Palais du Crayon aura une renommée par-delà les  frontières » murmurait-on.

Heureuse de cette création, Liouba pensa qu’elle avait rendu à son quartier sa fierté et sa richesse.

Après avoir déposé une somme conséquente destinée aux écoles qu’elle avait créées sur un compte spécial, elle partit sur un voilier vers le Levant, à la recherche de son destin.

 

 

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