mardi 6 janvier 2026

La Louve

 




Issue des faubourgs d’une ville connue pour ses tragiques faits divers, Liouba, ainsi nommée par un vagabond décédé à la suite d’une rixe, grandissait en maniant le couteau et les livres avec la même dextérité.

Les livres, elle les trouvait dans une boite communale réservée aux ouvrages que l’on ne souhaitait pas garder et c’est ainsi qu’elle découvrit  des chefs d’œuvre, Guerre et Paix, Les Misérables et Illusions perdues.

Marcellin, gosse des rues, lui avait appris à se servir d’un couteau en déployant la lame sans se blesser.

«  Avec ce Laguiole, tu peux faire le tour du monde » lui dit-il.

Sa seule vue incitait le bourgeois à se fendre d’une pièce ou d’un billet.

Grâce à ce compagnon tranchant, Liouba ne manquait de rien et il lui arrivait d’être invitée dans un Bouillon où elle se régalait de plats fondants et chauds ; elle remerciait son hôte d’un sourire.

Elle cultivait une certaine élégance, celle de la rue et son charme fascinait plus d’un original.

Un peintre lui proposa de faire son portrait. Elle accepta et se dévêtit sans problème pour poser nue dans un atelier inondé de lumière.

Lorsque le tableau fut terminé, elle ne se reconnut pas. Un corps parfait, apparemment le sien, était nimbé d’une lune argentée en présence d’un loup gris aux yeux de flamme.

«  Te voilà devenue Louve » lui dit le peintre en souriant.

Liouba empocha quelques louis d’or et imposa son surnom La Louve dans les quartiers dont elle était la souveraine.

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